mardi 27 mai 2008

Premier retour à Alcadev depuis l'évacuation...



Au petit matin du 16 mars, quand il faisait encore noir, Marie et moi marchions dans les rues désertes de Butuan City. Seuls quelques tricycles arpentaient la fameuse High Way qui relie le foyer aux quatre coins du monde... ou plutôt de la région de Caraga.
Un petit déjeuner sympathique au terminal de bus, qui se prolongera d'une heure car nous avons raté ou omis de regarder si notre bus était toujours là... Pas grave, le café 3en 1 est là! Cette grande spécialité locale, ou unique café qu'on peut trouver dans les terminaux, nous offre un mélange parfait de café, sucre et lait en un seul sachet...d'où son nom vous l'aurez compris. On a même la temps de s'en prendre un deuxième en attendant le bus suivant... la vie est quand-même bien faite! Bon, voilà le bus... c'est parti pour 4 heures de sauts à vous en retourner l'estomac...
Cette attraction est vivement déconseillée si vous attendez un enfant, si votre flore intestinale n'est pas au beau fixe ou si vous souhaitez dormir car le bus vous réveillerait du plus profond coma...

Une fois à Diatagon, vient le moment de monter sur la moto ailée! Et devinez quoi...j'étais pour la première fois de ma vie sur les ailes, et oui ils m'y ont autorisé! Un grand moment! Pour garder tout le prestige et cette classe qui m'est innée, je ne vous dirai donc pas que ça fait un mal de dos incroyable ni que, n'étant pas protégée par le chauffeur, je me suis retrouvée couverte de boue ni qu'à peine le moteur de la moto coupé, arrivée à destination, j'entendais mon nom dans le micro et que j'ai du directement monté sur scène pour la remise des diplômes en mode j'ai-fait-un-catch-dans-la-boue... Je tiens toutefois à souligner que j'avais le T-shirt "enfants du Mekong"pour faire un semblant d' "habillée pour la circonstance", et oui je vous le disais... une classe innée.

Le "Graduation Day 2008" d'Alcadev n'était pas un simple "Graduation Day", c'était la première année où des gradués allaient sortir de l'école... Rien d'étonnant dès lors à ce que tout le gratin soit présent: le maire, le barangay captain, et les représentant de nombreuses organisations dont "Nieuwe Wereld", une ONG belge, des soeurs venus des 4 coins de Mindanao, et les datus des environs...
Après la remise des diplômes, nous avons eu droit aux nombreux discours comme toujours et aux danses manobo des étudiants et enfin à l'incontournable et tant attendu buffet où à chaque fois tu as l'effet "cadeau surprise" car chaque préparation est délicatement enroulée dans une feuille de banane de sorte à ce que tu ne sais jamais ce que tu vas manger... c'est peut-être pas plus mal!

Pour ce qui est des dommages causés par l'évacuation, ils sont imperceptibles dans l'école et ses bâtiments, seuls les évacués en portent encore les traces.
Du forum de discussion, qui s’était tenu le 3 janvier 2008 et où étaient présents entre autres l’évêque de Tandag, le président et le vice-président de MAPASU (organisation créée dans les années 90 regroupant les Manobos de Lianga, San Augustin et Marihatag et qui se bat pour protéger les générations futures en essayant de développer les moyens de subsistance des communautés et qui a mis en place un projet d’alphabétisation) était ressorti une demande de mise en place d’un programme de réhabilitation pour les communautés touchées par l’opération militaire de novembre 2007. Il semble que ces demandes aient fait écho.

Ceci étant la preuve que la médiatisation de la situation a porté ses fruits et également que la probabilité que de tels évènements se reproduisent est affaiblie car nombre d’organisations internationales ont les yeux braqués sur la région. Toutefois, la richesse des sols continuera d’en faire une région convoitée qui ne sera jamais totalement sécurisée et stable. La lutte contre les NPA ne semblant être que la façade aux opérations militaires selon certaines sources.

Par ailleurs, les communautés se sont renforcées en raison des évacuations répétées ces dernières années, elles sont plus organisées et cela contribue à une plus grande stabilité dans la région et à leur conférer plus de poids. Siegfried, adjoint de Maam Ping Ping, la responsable du programme, m’expliquait il y a quelques semaines que c’est pourquoi ils continuent de poursuivre le projet « Alcadev ». De plus, beaucoup de gens et d’organisations ont apporté leur soutien à Alcadev. Les violations ont été mises en avant grâce aux médias et aux bruits fait par les communautés qui sont bien décidées à faire valoir leurs droits.




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