Bambou au Pays des Merveilles
Le 6 février, après 4 longues heures de sommeil, je prends le bus direction Cagayan.
Aux environs de 10h, après que le contrôleur m'ai brusquement réveillée, pieds nus, chaussures en main, sac au dos, paréo sur la tête (non pas pour me donner un style mais pour me cacher du soleil), je descends du bus au crossing Phividec.
Alors que j'étais entrain de me battre pour enfiler mes chaussures en plein no man's land, je sens au-dessus de moi une ombre, je lève la tête et là, je vois Dgoy, qui tout pétant de forme comme s'il venait de s'enfiler 15 canettes de Tao, me dit :
- "Hé Shannon, là, on va visiter quelques familles à Tagaloan et puis on va manger chez l'une d'entre-elles après quoi on ira visiter Tagaloan Community College, où nous avons quelques étudiants, et enfin nous remontrons vers Malitbog pour rendre visite à quelques autres étudiants"
Et là de répondre:
- "Euh bonjour, euh ok, tout en montant instinctivement sur la moto".
Je m'imaginais à cet instant dans un cartoon genre titi et gros minet quand titi tape avec
une massue en bois sur la tête du gros chat noir qui ne peut se défendre parce que totalement coincé (juste pour que vous compreniez mon état de fatigue. Et me voilà en route vers nos filleuls de Tagaloan.
A 18 heures, c'est la fin des visites. Je me pose enfin dans mon nouveau gîte où j'apprends que je vais avoir la chance de partager le même lit (enfin...le même planché surélevé) que Sister Amy et que j'aurai une moustiquaire rose perso qui est presque sans trou.
J'apprends également que Amy a de nouvelles compagnes: 3 petites tortues qu'elle garde dans une bassine pleine d'eau...
Trouvant ça assez bizarre (ben oui, les animaux de compagnie ça ne fait pas légion dans la région), j'ose un :
"Mais Sister d'où viennent ces tortues?" et là, explication surprenante... Sister m'explique

que l'eau dans laquelle les
tortues passent une journée constitue un supplément vitaminé pour les cochons et que c'est le pendant pour les animaux de
l'eau aux champignons de mère Teresa de Calcutta qui est pour les humains... hé ben tiens en voilà une nouvelle! Ici pas besoin de Juvamin pour avoir bonne mine, des tortues, des champignons en gelé et le tour est joué... c'était donc ça l'enthousiasme de Dgoy ce matin. Tout s'explique!
Lors de notre discussion, j'informe également la Sœur que je retournerai vendredi à Butuan. Sur quoi elle me répond: "on friday! that's great on
flyday". Ne comprenant pas la blague, mais comprenant qu'il s'agissait bien d'une blague vu l'enthousiasme de mon interlocutrice, je me mis à rire pour ne vexer personne. Mais je ne suis pas très bonne actrice. Sister me demanda immédiatement:
- "do you know what flyday means?"- "Absolutly not Sister".Et là, re-explication surprenante (décidément je devrais y aller plus souvent à Maltitbog). Elle m'explique que friday c'est le jour où les sorcières des environs se transforment en oiseaux (d'où flyday) et passent dans les maisons des personnes souffrantes pour leur ôter la vie. De quoi vous glacer le sang! Et voilà qu'elle se met à m'imiter le bruit de ces animaux étranges "kwaak kwaak". Mais bon, elle se veut rassurante et insiste bien sur le fait que je ne
risque rien vu que vendredi je serai dans le bus et non pas dans une maison et que je ne suis pas souffrante. Ouf, merci Sister j'ai eu peur pendant un instant.
Le lendemain à 6h le coq chantait déjà depuis 2 heures. Dgoy ainsi que le papa d'une de nos étudiante qui m'avait demandé la veille de se joindre à notre randonnée et moi-même partons à la conquête des montagnes de Malitbog. C'est jour d'expédition. A nous les montagnes, la faune et la flore philippines!
Après que notre gentille Sister nous ai fourni en morceaux d'ananas, papayes, riz, dry fish et en eau minérale et qu'elle nous ai donné de multiples conseils nous partons en "ballade". Ce que nous croyions être une randonnée c'est cependant vite transformé en un "
hide and seek montagnard".


Après quelques heures de marche dans un décor paradisiaque, je sens mes deux compagnons de "promenade" s'affoler en visaya. Je les regarde l'air hébété jusqu'à ce que leur débit de paroles ralentisse et que j'ose tenter un "There is something wrong ?". Et là ils me montrent tout deux du doigt une parcelle de terre
(photo de gauche ci-dessus). Je finis après plusieurs déductions, parce que mon visaya reste assez limité mais mon cerveau très actif, par comprendre que la maison d'une de nos filleules se trouvait normalement à cet endroit mais qu'il n'y en a plus aucune trace... Je dema

nde à mes compagnons:
- "Mais comment va-t-on les retrouver?"Et la Dgoy fait à nouveau usage de son doigt, mais le pointe dans une toute autre direction en me disant:
- "on va aller demander des informations aux voisins".- "Hein quoi?! Mais quels voisins?"Et là je suis son doigt et aperçoit un point à l'horizon qui selon Dgoy n'était rien d'autre qu'une maison et que je dû croire sur parole. Nous marchons donc dans la direction des "voisins" pendant que, dans ma tête, je me répètais sans cesse: "Dans quelle mesure on peut qualifier ces gens de voisins?", "N'y a-t-il pas dans la définition de ce terme proposée par le
Petit Robert quelque chose qui empêcherait de qualifier ces habitants de voisins?!" Parce qu'il me semble, bien qu'il s'agisse d'un lointain souvenir, qu'il y ai une notion de proximité dans cette définition qui était totalement absente dans la situation présente.
Arrivés chez la "voisine", cette dernière nous apprend que la maison de notre filleule a été
démolie par le vent (en même temps quand on décide d'aller s'installer au sommet d'une montagne, tu me diras... c'est le risque) et qu'ils ont dès lors décidé de reconstruire leur maison, non plus au sommet, mais entre deux montagnes, dans le creux, pour se protéger du vent.
- "Et il est où exactement ce creux de montagne?"La voisine de nous répondre:
- "De l'autre côté. Vous devez retourner où était l'ancienne maison (à savoir d'où on vient) et redescendre sur l'autre versant"- "ah ben merci ma
bonne dame"Nous voilà donc repartis dans l'autre sens, tout transpirants mais rassurés, notre filleule n'est pas perdue! Cette bonne nouvelle déclenche d'ailleurs chez mes compagnons une envie de chanter. C'est ainsi que je découvre avec enthousiasme les paroles de "father and son" de Simon and Garfunkel: "
Look at me, I am old but I'm happy". Non pas que je me retrouve entièrement dans ces paroles mais, qu'importe j'étais prête à chanter n'importe quoi. - "Pourquoi d'ailleurs on ne chanterait pas un petit
My Way de Sinatra?"
Oups, erreur! On ne peut pas chanter cette chanson aux Philippines me dit-on... Interloquée par cette étrange révélation, dans un premier temps, je pense à la doctrine Sinatra et à un vague lien avec le communisme et tente d'établir un quelconque connexion, quand je vous dis que mon cerveau bouillonne, mais avant que je me repasse tout mon cours de géopolitique Dgoy me ramène sur terre.
-"Ce n'est pas pour des raisons politiques, c'est en raison d'un fait divers qui a eu lieu à Manilles il y a quelques années"
-"Ah bon?"
-"Ben oui, un jour, dans une karaoké de Manilles, alors qu'un jeune homme prononçait les premières paroles de cette merveilleuse chanson And now The end is near... il s'est fait tirer dessus". "Un homme saoul qui trouvait assez drôle de tuer quelqu'un qui chantait qu'il sentait la fin proche"Ouais, ben j'y penserai à 2 fois maintenant avant de la chanter cette chanson.On va rester sur I'm old, but I'm happy c'est moins risqué.C'est vrai qu'on ne sait jamais, un homme pourrait sortir d'un palmier et nous abattre. Tout ça pour dire aussi que le karaoké comporte des risques. Les plus grands dangers ne sont pas toujours ceux qu'on croit.

Bon, après cet intermède musical et quelques glissades casse-gueule, nous arrivons dans la famille de Myrafel. Elle n'est pas là, elle est à l'école (bonne nouvelle). Néanmoins, nous avons la joie de découvrir toute sa petite famille.La maison qu'ils ont reconstruit doit faire 2m sur 2 et se trouve à une heure d'un point d'eau et à 2h de marche (rapide) de la "ville" (entendez
par ville, bas de la montagne et non pas endroit où il y a un centre commercial). Autant dire que c'est une relocalisation réussie.
Après avoir passé un petit moment en compagnie de la petite famille et de leur carabao, la team, qui s'est agrandie d'un membre le papa de Myrafel s'étant rajouté à la fine équipe, s'en va vers d'autres horizons.
Nous partons à la recherche d'un autre filleul. Après 4 montés et 4 descentes de collines, un sautage de barrière (dont j'ignore toujours l'utilité vu qu'elle était discontinue mais qui m'a fait penser à la fameuse blague scout de vas chercher les clés de la prairie à l'intendance), nous y voilà. Moi ne tenant plus, pendant la préparation du repas, je m'endors sur les sacs de riz. Au passage, je s
uis très he
ureuse de vous annoncer que j'ai maintenant développé cette faculté, que j'enviais tant à d'autres, de m'endormir n'importe où et sur n'importe quoi. J'ai découvert les délices de la sieste à la mode asiatique.
Après avoir manger des pattes de poules, du riz et avoir offert aux maîtres de maison mes quelques morceaux d'ananas... nous repartons direction notre maison!

A 17h, nous arrivons enfin à l'endroit où nous attend notre chauffeur, notre conducteur de "habal habal". Nous décidons alors d'aller boire un verre de coca et de manger quelques douceurs locales dans un sari-sari (épicerie locale).
Nous descendons tous de la moto. Je vois alors Dgoy se diriger vers la vendeuse du sari-sari, puis se diriger vers un autre sari-sari et discuter avec la vendeuse de ce dernier. Ensuite, il s'adresse à ses compatriotes qui remontent tous sur la moto. Une fois sur la moto, parce que j'ai suivi le mouvement, je tente un :
- "What's wrong with those sari-sari?"
Et là Dgoy de me répondre:
- "Ils ne vendent pas de coca, ils n'ont que du Virgin cola. On ne va pas prendre le risque, ça n'a peut-être pas le même goût"
Et là, moi de penser:
Le risque, mais de quel risque il parle? Ce ne sont pas des pattes de poulet qu'on a mangé ce midi? C'est quoi leur échelle de risque?
Philippin c'est tout un concept.
5 minutes plus tard, nous voici dans un nouveau sari-sari où Dgoy nous commande 1 bouteille de Sprite.
Philippin c'est tout un concept.
Après ce choc culturel, nous passons rendre visite à Myrafel qui sort de l'école et s'apprête à renter chez elle, puis nous retournons dans notre gîte pour un petit verre de Tanduay (whisky qui selon Sister Amy aide à mieux dormir, si c'est Sister qui le dit...)en compagnie du voisin.
La journée ayant été riche en émotions et en efforts et étant donné que j'avais 2 interviews d'étudiantes à 7h le lendemain et un rendez-vous à Cagayan à 10h avec le responsable d'un potentiel futur programme, j'espérais bien passer une bonne nuit, mais c'était sans compter sur les fameuses superstitions philippines.
C'est alors que je rêvais et que j'étais en phase de sommeil plus que profond que Sister Amy me secoue. Elle me regarde d'un air paniqué et me dit qu'elle croit que mon GSM a sonné. Fatiguée et encore à moitié endormie, je réponds d'un désinvolte "I don't care Sister". Cette réponse ne sembla toutefois pas du tout la satisfaire. Elle me répéta la voix tremblante qu'il faudrait vraiment que je vérifie si mon téléphone a bel et bien sonné. La voyant insistante, mais étant peu compréhensive quand je suis en demi-sommeil, je tente de lui imiter le bruit de ma sonnerie. Cela ne sembla toujours pas satisfaire Sister. Ne comprenant pas la réaction, mais ayant bien compris qu'elle ne me laisserait pas me rendormir si facilement, je fini par céder. Une fois en possession de mon GSM, je constate avec elle qu'il a bel et bien sonné, 1 appel en absence et 2 messages. Je la sens d'un coup plus soulagée mais je lui demande quand même: "Are you ok Sister?". Et là,elle m'explique très normalement qu'elle a entendu des bruits bizarres et que donc elle a été réveiller Dgoy, qui lui a dit qu'il s'agissait probablement de mon téléphone portable (bien vu Dgoy). Sauf que Sister, elle, elle a cru qu'il s'agissait de Dwarfs, petits êtres maléfiques de 5 centimètres qui jettent des sorts et boivent du lait où un truc comme ça. Ce pourquoi elle voulait que je vérifie que c'était bien mon GSM qui avait sonné et non pas des Dwarfs venus pour nous tuer...Ah ben voilà, je comprends mieux maintenant.
Philippin c'est tout un concept.